le bon usage de la liberté

Tout m’est permis, mais tout n’est pas utile ; tout m’est permis, mais je ne me laisserai asservir par quoi que ce soit (1 Corinthiens chapitre 6 verset 12).

1 Corinthiens est une lettre de Paul adressée à la communauté chrétienne de la ville de Corinthe qu’il avait fondée au cours de son second voyage missionnaire. Il écrit cette épître en l’an 56, lors de son séjour à Ephèse, pendant son troisième voyage missionnaire, pour régler entre autres des problèmes d’immoralité sexuelle dans l’Église de Corinthe. Le verset cité commence le passage relatif à des cas de débauche où Paul exhorte les chrétiens de Corinthe à la sanctification de leur corps pour le Seigneur (1 Corinthiens chapitre 6 versets 12 à 20). Dans ce verset l’auteur dénonce un des slogans utilisés par des Corinthiens pour justifier leur mauvais comportement, en disant : Tout m’est permis. Il est vrai qu’en
Christ nous avons la liberté. Il nous a affranchis, nous ne sommes plus sous le joug de l’esclavage du péché. Nous sommes libres, nous vivons par la grâce et non pas par la loi, ni par les règles. Cependant, certains Corinthiens ont dénaturé le sens de la liberté donnée par l’Évangile. Cette liberté est en accord avec la vie nouvelle du croyant transformé par l’Esprit. Elle n’est pas un prétexte pour aboutir à un mode de vie débridé.

Les communautés chrétiennes sont entrées dans le temps de Carême depuis quelques semaines. Cette période est à l’image de quarante jours de jeûne et de prière que Jésus passa au désert avant de commencer son ministère public (Matthieu chapitre 4 versets 1 à 11). C’est un temps où l’on peut se rappeler sa vie et méditer son obéissance dans l’amour qui le mène à la croix. Le Carême est une manière de se préparer à recevoir Celui qui, en se donnant sur la croix, nous donne tout. C’est une invitation adressée à chacun, à chacune pour un retour sur soi et à soi, afin de réfléchir sur l’avoir et l’être et de distinguer l’accessoire de l’essentiel, le superflu du nécessaire et de l’indispensable, le permis de l’utile.

Nous sommes dans une société de consommation où l’on a tendance à vouloir tout posséder, et tout de suite. Ce ‘’culte de la consommation’’ cause beaucoup de dégâts sur le plan social et sur le plan environnemental. On dit que le philosophe grec Socrate (470-399 avant Jésus Christ) s’est rendu avec ses élèves au Pirée, le port d’Athènes. Là, ils regardaient le débarquement des marchandises. Elles étaient offertes à qui voulait les acheter. Il y avait un grand choix. Une fois observé ce spectacle, Socrate déclara : Que de choses dont je n’ai pas besoin trouve-t-on dans ce monde bariolé ! Aujourd’hui l’offre est encore bien plus grande et bien plus alléchante. Tous ces produits paraissent indispensables à beaucoup de nos contemporains. Leur vie, leur ambition, leur désir se penchent vers l’achat de ce qu’ils croient avoir besoin. Ils sont marqués par la peur du manque aux risques même de se mouiller parfois dans des affaires louches ou d’entrer dans le cycle de découvert bancaire.

Et nous, échappons-nous à ce piège de la consommation à tout prix ? Être croyant c’est aussi faire la guerre au superflu. Dieu nous invite à ne pas nous soustraire au pouvoir que nous devons exercer sur ‘’la déesse consommation’’ et à nous interroger sur notre mode de vie, afin de passer de l’avoir à l’être, de l’accumulation des biens au partage et à la solidarité. Ainsi, débarrassés de nos oripeaux et autres artifices, nous pourrons dire, comme Socrate : Que de choses dont je n’ai pas besoin trouve-t-on dans ce monde bariolé !

Oui, en Christ tout nous est permis, mais toute experience n’est pas bonne a vivre. Surtout ne nous laissons par asservir par quoi que ce soit. Tout ne nous construit pas, tout ne nous enrichit pas, ni l’autre, c’est-à-dire le prochain. Paul dit ailleurs : « Frères, vous avez été appelés à la liberté, seulement ne faites pas de cette liberté un prétexte pour vivre selon la chair » (Galates chapitre 5 verset 13). Nous sommes dans une société qui croit parfois que la liberté c’est de pouvoir tout faire, tout vivre, tout expérimenter, sans dommage pour soi et pour autrui. Par la foi en Christ c’est toute notre personne, dans tous ses aspects, qui se donne à Dieu et qui lui appartient. Au nom de la liberté mal comprise, l’être humain se laisse souvent dominer par les modes du jour et l’aliénation sociale. Paul nous appelle à une éthique de la liberté et de la responsabilité. Libérés de tout esclavage, Dieu nous invite dans tous les domaines de notre existence au discernement et à la responsabilité, éclairés par sa Parole.

Pasteur Lendo MAKUNGA de l’Église protestante unie du Kremlin-Bicêtre

Cette entrée a été publiée dans Non classé. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.