La Torah Commentée: Vous ne mangerez point de sang

La paracha, Section de la Torah lu le samedi dans toutes les synagogues à travers le monde, est tirée cette semaine du Livre du Lévitique sous l’appellation « TZAV » (tu ordonneras), l’un des premiers mots de la section qui lui donne toute son orientation.
Elle traite des droits et des devoirs associés à la charge de la prêtrise, ainsi que de la manière de préparer, de présenter et de consommer les offrandes du temple. C’est dans ce texte que l’on trouve le commandement de ne pas manger de sang :

« Vous ne mangerez point de sang, ni d’oiseau, ni de bétail, dans tous les lieux où vous habiterez. Celui qui mangera le sang d’une espèce quelconque sera retranché de son peuple » (Lévitique. VII 26-27).

Cette interdiction est mentionnée sept fois dans la Torah et cela indique que l’infraction est très sérieuse. Le châtiment, sévère lui aussi, apparait donc à la hauteur de la faute. La raison invoquée semble claire : le sang représente la vie ; manger du sang équivaut à ne pas se soucier de la vie, ce qui est contraire aux principes de la Torah.
Cette explication n’est pourtant ni complète ni suffisante. En effet, la Torah nous ordonne aussi de répandre le sang sur le sol et de le couvrir de terre. En quoi cette pratique respecte-t-elle d’une quelconque manière la vie de la créature ? Cet épandage ne reflète-t-il pas au contraire une sorte d’irrespect pour la vie ? Nos sages ont proposé plusieurs interprétations de cette interdiction. Le rabbin et philosophe Maimonide (Espagne,12e siècle) explique que le sang, considéré comme la nourriture des démons était impur pour les païens préislamiques. Certains le mangeaient quand même pensant que cela leur donnerait la possibilité de coopérer avec les démons. D’autres ne pouvaient s’y résoudre et mangeaient la chair de l’animal à proximité de son sang, imaginant les démons se nourrissant du sang à leur côté. La Torah est venue renforcer cette séparation de la chair et du sang, et Maimonide y voit deux raisons : la première est de bien distinguer les pratiques du judaïsme de celles des cultes païens. La deuxième est liée à la symbolique du sang, défendu comme nourriture mais utilisé dans le temple pour purifier les prêtres. Comme cela est courant pour les objets du sanctuaire : la chose qui purifie les prêtres rend impurs les autres hommes.
Le rabbin Nahamides (Espagne,13e siècle) propose, lui, une explication différente : Dieu a créé les animaux pour satisfaire les besoins de l’homme qui seul est capable de le reconnaitre. Alors qu’avant le déluge, il était interdit à toute créature d’en manger une autre, cette interdiction fut levée après le déluge. Seule est restée pour l’homme l’interdiction de manger du sang, ce qui le distingue de l’animal.
Le rabbin Bahya (Espagne,13e siècle) indique que manger du sang nous rendrait aussi cruels que les animaux. Pour le rabbin Cook (Israël, 20e siècle), la consommation de viande a quelque chose de maléfique, mais c’est l’un des penchants de l’homme et la torah ne cherche jamais à éliminer les instincts de l’homme, seulement à les contrôler et à les canaliser dans le bon sens.
Il semble donc que cette interdiction de consommer du sang doive nous rappeler combien il est important pour l’homme de réprimer ses instincts animaux afin qu’il puisse s’élever intellectuellement et spirituellement

d’après Yosef Agur

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