Une répression sanglante fait d’innocentes victimes dans un groupe de pèlerins… Tragique accident sur un chantier à Siloé : bilan 18 morts… Si les journaux avaient existé au temps de Jésus, telles auraient pu être les manchettes des quotidiens de Jérusalem. Un fait-divers et une actualité qui donne à Jésus l’occasion de faire réfléchir ses disciples (cf. évangile de Luc, chapitre 13 , versets 1à 5)…
Toute la question, en effet, est là : notre mort sera-t-elle vide de sens, aussi absurde que cette mort accidentelle à laquelle Jésus fait allusion ? Sera-t-elle le terme ultime d’une suite d’événements sans grande cohérence ? Sera-t-elle un mur auquel on se heurte, une fin irrémédiable ? En un mot sera-t-elle une impasse, ou bien sera-t-elle un passage vers une vie renouvelée, transformée, transfigurée? Une impasse ou un passage?
Aujourd’hui, Jésus nous met en garde. La mort, c’est un peu comme le saut en hauteur. Sans élan, on ne la franchit pas. Et lorsqu’on se heurte à elle, il est trop tard pour reculer. La mort, c’est un peu comme le saut en hauteur… à ceci près qu’il n’y a pas de deuxième essai!
De même que, sans élan, on ne franchit pas l’obstacle, de, même, sans amour, nous dit Jésus, on ne franchit pas la mort. Au fond, si l’enfer veut dire quelque chose c’est probablement cela : une vie sans amour, une vie tellement refermée sur elle-même qu’elle ne débouche sur rien du tout, qu’elle ne va à la rencontre de personne. Satisfaite d’elle-même, elle ne manque de rien, n’attend rien, n’espère rien et n’obtient rien. Elle s’éteint un jour sans avoir allumé le moindre feu. Pour elle, il n’y a pas d’avenir.
Pourquoi voudrions-nous d’ailleurs que toute mort débouche sur une résurrection? La résurrection dont parle Jésus n’est pas le retour du printemps après l’hiver. Ce n’est pas une loi de la nature. Jésus n’a jamais dit que toute mort était féconde. C’est dur à dire, mais il y a probablement des morts qui sont parfaitement stériles, des morts absurdes, des morts qui ne débouchent sur rien du tout, pour la bonne et simple raison qu’il y a des vies stériles, des vies qui ne sont pas saisies par l’amour. À certains moments, c’est peut-être le cas de la nôtre!
Alors ressaisissons-nous. Ne gâchons pas ce temps précieux qui nous est offert pour aimer. Cela seul peut nous faire expérimenter la Pâque de Jésus, le « passage » ouvert par Jésus. Celui qui, durant sa vie, a su aimer les autres, celui-là n’a d’ailleurs rien à craindre de la mort. Sa vie, qui était déjà passage, l’emmène plus loin. L’aventure continue, autrement sans doute, mais – et c’est bien là l’essentiel – toujours avec Jésus!
Alors, notre mort sera-t-elle impasse ou passage? C’est à notre vie de répondre!
Philippe LOUVEAU, Eglise catholique